Beschrijving
Sur le lac Lagoda, les passagers d’un bateau sont intrigués par un étrange personnage à l’allure colossale. Ils le convainquent bientôt de leur raconter ses aventures, si incroyables qu’ils ne sauront jamais si tout y est vrai. Né serf, tour à tour dresseur de chevaux, vagabond, soldat et moine, Ivan Sévérianitch Flaguine est le jeu d’un destin qui le confronte aux grandes interrogations sur la justice, la foi et la sainteté. Le Voyageur enchanté est l’un des textes qui expriment le mieux l’esprit de l’oeuvre de Nikolaï Leskov, écrivain du XIXe siècle dont les récits évoquent avec une force incomparable la Russie profonde, celle de la Sibérie et des steppes méridionales.
Essayiste et romancier très fécond, N. S. Leskov a fait dans les lettres un début assez tardif. Jusqu’en 1861, il voyagea en Russie et à l’étranger, comme agent d’un négociant anglais, M. Scott. À cette époque, il se révéla comme critique littéraire par une appréciation assez sévère du roman de Tchernichevski Que faire ?. Un peu plus tard, deux romans, publiés sous le pseudonyme de Stebnitski, L’Impasse (Niékouda, 1864) et Les Insulaires (Ostrovitanië, 1866), montraient en lui un adversaire résolu des idées révolutionnaires, auxquelles il cherchait à opposer un idéal d’activité pratique.
L’idéal reste assez nébuleux, et ce n’est pas l’héroïne d’un de ces récits, véritable « Lady Macbeth » moderne (1865), qui en donne la formule, en arrivant au suicide par une série de crimes, dont le but est de la rapprocher de son amant.
La note générale de ces premières créations est plutôt chagrine et pessimiste, et elle s’accentue dans Heur et Malheur (Смех и горе), 1871) et dans Le Vagabond ensorcelé (Otcharovannyt strannik, 1873, traduit aussi comme Le Voyageur enchanté), où un type curieux de Gil Blas russe sert de prétexte à des tableaux infiniment variés et satiriques de la vie russe. Nicolas Gogol et Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine n’auraient pas mieux fait.
Leskov ne reste cependant nullement un écrivain tendancieux. En abordant le grand roman, qui a consacré sa réputation et donné à la littérature nationale le premier tableau qu’on y rencontre de la vie du clergé orthodoxe, il n’a eu notoirement aucun parti pris de dénigrement. Des intentions sympathiques et apologétiques plutôt.
